Adrien Ouvrier : Carnets de guerre, extraits

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Peintre et soldat

C'est en 1913 qu'Adrien Ouvrier fut mobilisé.
Jeune diplômé des Beaux-Arts de Toulouse, et après être monté à Paris où il suivit des cours de peinture l'Atelier Cormon, et de cours de gravure l'Atelier Laguillermie, Adrien Ouvrier rejoignit son régiment à Narbonne afin d'effectuer son service militaire. Un peu moins d'un an après son incorporation, la guerre fut déclarée le 5 août 1914 et laissa Adrien Ouvrier sous les drapeaux jusqu'en août 1919.
Cela représente sept années de vie, durant lesquelles il va perdre son frère Louis dans les combats. Il sera lui-même hospitalisé et subira les bombardements au gaz moutarde.
Cela ne détruira pas son envie de dessiner et de dérire le vécu au jour le jour dans quatre carnets de route et cinq carnets de croquis qui font partie aujourd'hui du patrimoine viennois. Ce sont des extraits de ces carnets que vous découvrez.


12 septembre 1914

Il est décidé que l'on attaquera vers 4 h. du soir On commence à se diriger dans la direction de l'ennemi qui occupe la lisière d'une foret. Pour cela l'opération est dirigée avec précaution.

Trois régiments y prennent part le 80/em le 342/em et le 142/em. Quand tout le régiment est développé sur le front, on avance en ordre, en tirailleur le fusil à la main. Arrivés sur la lisière du bois vers 6 h. l'ennemi s'était replié vers le fond d'une prairie.

Dés le début de l'action, notre artillerie avait ouvert un feu d'enfer contre l'ennemi, et en allant de l'avant, nous avons constaté que nos obus avaient fait des ravages et avaient du fortement gêner l'ennemi dans ses positions.

Donc arrivés sur la lisière des coups de fusils nous accueillent - on se dissimule dans un fossé. Au commandement de " en avant " on fait un bond de 100 mètres et l'on se couche à plat ventre aussitôt, car la fusillade augmente progressivement.

Nous ouvrons le feu et par bonds, nous arrivons aux abords d'une ferme en flammes.

Une pluie torrentielle commence à tomber et les balles rappliquent ; on commande " couchez-vous "… il était temps ! l'ennemi qui avait repéré notre position qui était éclairée par l'incendie nous envoya un ouragan de ferraille (1 obus par seconde) qui éclataient avec un fracas épouvantable à 3 ou 4 m. au-dessus de nos têtes, des éclats de pierres nous tombaient dessus provenant des murs de la ferme qui était criblée de mitraille.

Il pleuvait toujours, c'était sinistre, lugubre, les balles explosives éclataient avec un bruit sec chaque fois qu'elles rencontraient soit une branche ou une pierre.

En rampant je m'éloignais de la ferme, seulement après avoir passé sous une palissade de fil de fer, l'adjudant Moulines qui était parmi nous, nous rassembla, en tirant toujours, je me retourne, tous avaient disparu et nous restions que trois de la Cie avec l'adjudant.

Mais voilà que la 342/em nous voyant ramper vers le bois ou ils étaient repliés crut qu'ils avaient à faire à l'ennemi et nous tiraient dessus.

Nous nous mimes à crier " Français, français ne tirez pas " et nous obliquâmes à droite sous une pluie de balles et d'obus.

Ce fut miracle si nous n'avons pas été atteints - nous sommes vivement rentrés dans le bois.

Maintenant, il s'agissait de retrouver notre régiment.

Nous marchâmes en nous orientant au moyen de la ferme des Abots qui flambait toujours, la nuit était épaisse il avait cessé de pleuvoir.

Après une heure de marche prudente à travers des broussailles, l'adjudant Moulines nous fit déposer les sacs dans un buisson car il faisait du bruit avec la marmite et nous n'étions pas très surs de la direction que nous avions prise

Après mille précautions nous arrivâmes à la lisière du bois, et chose déconcertante après deux heures de marche nous nous sommes trouvés de l'autre coté de la ferme , on n'y comprenait rien ! Et tout en nous dissimulant car le temps s'était éclairci et la lune éclairait d'une inquiétante façon l'endroit ou nous étions arrivés 2 h. auparavant, nous approchions, quand tout à coup une fusillade éclate à notre gauche qui nous oblige à nous accroupir ¼ d'heure.

Après on reprend la marche quand prés de la route autre fusillade. C'était bien cela, nous étions tombés en plein chez les alboches ! Nous profitons de ce que la lune était momentanément cachée par des nuages pour courir vers un buisson ou nous sommes rentrés Nous nous étions perdus ! On décida d'y passer la nuit en attendant les événements.

De temps à autre des patrouilles ennemies passaient, ils parlaient leur charabia ce qui avait pour effet de nous dissimuler davantage et de retenir encore plus notre respiration, car ils passaient à dix mètres de nous environ. Et s'ils nous avaient trouvés, notre affaire était nette !

Le sommeil nous prenait alors mais je ne sais si on nous avait vus rentrer dans les buissons, nous étions réveillés par des fusillades dirigées précisément de notre coté, je n'étais pas tranquille et puis je n'avais pas chaud ! J'étais tout mouillé de la pluie de la veille. Mais malgré tout j'avais confiance et j'étais certain que nous en reviendrions.

13 septembre 1914

Dimanche A huit heures du matin nous primes un parti. Il fallait songer à décamper, notre situation n'était pas très enviable et le voisinage n'était pas très rassurant. On entendait un charabia qui sortait par intermittence du bois voisin et nous cherchions un passage pour filer sans être vus.

Une patrouille apparaît à 500 m. elle ne tarde pas à faire demi-tour et nous en profitons pour passer vivement dans le bois en suivant des chemins presque impraticables, nous arrivons après deux heures de marche à la position qu'occupe le 80/em c'était onze heures du matin,

Le soir nous partons et en chemin, j'ai la joie de voir Louis qui venait à notre rencontre, il avait " engraissé " et portait du tabac, du papier à cigarettes, du chocolat, des boites de sardines.

17 septembre 1914

Par une pluie battante, nous nous acheminons à 4 heures du soir vers Einville que nous dépassons puis Meixe, Dombasle (Louis me donne son bras comme appui) nous dépassons Nancy à minuit et demi. On est éreintés, mouillés, fourbus, on arrive enfin à Essey vers une heure trente du matin (9h30 de marche!).

18 septembre 1914

Restés à Essey Les Nancy, revue de la tenue à 5 h par le Cdt - Louis se débrouille, il me porte du chocolat en quantité.

19 septembre 1914

Nettoyage du cantonnement reçu une carte de Mr Lagarde et une lettre de Joseph (son deuxième frère).

20 septembre 1914

Essey les Nancy - 5 heures du matin, exécution d' un hussard motif : refus d'obéissance et menace envers un supérieur, la 11ème Cie fournit le 1er peloton pour assister à la fusillade qui a lieu au stand civil - A 6 heures trente départ de la 11ème Cie pour l' exercice à la caserne à 500 mètres du cantonnement , on procède au gonflement d'un ballon captif. Ce soir quatre soldats sont passés en Conseil de Guerre. Revue de propreté au cantonnement .

21 septembre 1914

Lever à trois heures trente départ d'Essey-les-Nancy à 11 heures. Traversée de Nancy de midi à une heure - jolie ville me rappelant un peu Paris par ses belles maisons et son aspect général (avec Louis on a le temps de prendre un bock, à la terrasse d'un café) .

Puis l'on prend la direction de Toul , et sous les fortes averses intermittentes, on marche, on marche, on s'arrête au moins deux heures au milieu d'une forêt , puis on repart, on traverse la Moselle et après quatorze heures de marche on arrive dans un village appelé Jaillon ; à une heure du matin on y cantonne, on est éreinté et mouillé et on se couche dans la paille dans ces conditions.

22 septembre 1914

Lever à six heures trente. A huit heures on se dirige vers l' ennemi... On reçoit constamment des obus ce qui retarde notre marche et qui sont d'un effet démoralisant, enfin à quatre heures après avoir laissé nos sacs dans la tranchée nous bondissons en avant baïonnette au canon sous le commandement du Lieutenant Pelletier. Le sous lieutenant Rey est tué par un éclat net de bombe en pleine poitrine.

Et sous une terrible fusillade nous avançons, par le chemin, il en tombe, et j'arrive sans une égratignure avec une cinquantaine de poilus à 30 mètres des allemands et après avoir ouvert le feu on fonce dessus et ce fut une boucherie. Mon camarade Clerc enfonce sa baïonnette dans la poitrine d'un boche et le tua.

Moi j'en attrapais un dans le cote et il tomba également A ce moment là, je vis tomber notre Lieutenant touché d'une balle au ventre et à la cuisse, je me précipitais avec mon ami Corbières pour l'entraîner en arrière car par un fléchissement de la gauche, les Allemands avançaient, je pris le revolver du Lieutenant et je fis feu dans leur direction.

Des renforts arrivaient heureusement et les boches cédèrent du terrain.

A ce moment le Lieutenant qui était étendu demanda qu'on lui soulève la tête pour se rendre compte si les Allemands fuyaient Alors il fut content et nous nous occupâmes de le transporter au poste de cantonnement ou il fut pansé et en passant dans les boyaux qui menaient au poste de secours il rendit le dernier soupir.

23 septembre 1914

(...) En face vers midi , le bois de la Voisogne . Mon malheureux frère Louis tombe frappé d' une balle. Je me précipite à son secours - il expirait presque aussitôt dans mes bras ! Une balle explosive lui avait traversé le cou, son visage était calme .
Je suis resté à coté de mon pauvre Louis jusqu'a la nuit (...) Je l'ai enseveli à l'endroit même le surlendemain quelle affreuse douleur de le voir ainsi sans mouvement lui si fort, si courageux.

Jusqu'au 30 septembre en première ligne, puis aux avant-postes dans les tranchées, l' ennemi qui est retranché à 300m nous tire de nombreux coups de fusils

Je n' essaye même plus de me dissimuler, la vie est bien peu de chose(...) Je vis au jour le jour, je suis découragé, ma pensée me ramène toujours à lui(...).

20 mars 1915

On va occuper les 1er lignes, on creuse la tranchée et dans la soirée d'énormes obus (bouteilles) font des ravages épouvantables à 150 m de nous, le soir on redoute une attaque allemande et nous veillons toute la nuit le fusil chargé et la baïonnette au canon.

A chaque instant les fusées éclairantes mettent une grande clarté sur le champ de bataille et les boches attendus ne viennent pas.

21 mars 1915

On vient de débarrasser sur la tranchée les cadavres de la veille Le colonel me fait appeler à son poste pour me demander de faire une composition sur la mort du Capitaine Audibert et me donne toute liberté pour prendre des croquis sur le champ de bataille, croquis de tranchées, d'abris etc et je peux aller venir ou il me plaira

15 août 1916

Levé à 3h du matin pour charger les caisses sur la voiture d'Em on se recouche vers les 5h, on se relève à 6h pour faire et nettoyer le bureau. A 8h départ de Sommaisne pour aller à Pretz (3k), embarqués sur des auto camions à 9h ½ on démarre en direction de Verdun.

Après avoir été cahoté pendant 3h on arrive à Nixéville on débarque prés du bois au camp A. Installation sous des baraquements Adrian.

Des hangars d'avions à proximité compliquent le passage constant d'appareils allant vers Verdun.

Ambulances américaines conduites par des anglais.

On se prépare à partir.

Départ du camp A à 6h rencontré en route des fascines. Arrivé à Verdun à 9h du soir, rentrés par la Porte Neuve, nous sommes cantonnés à l'hôpital St Nicolas. A l'aide de drap de lit trouvés dans des armoires je fais une espèce de matelas, pour ne pas coucher directement sur le plancher et on se couche à 11h du soir

17 août 1916

Après avoir jeté un coup d'œil dans le quartier qui se compose d'immenses casernes, je vais me débarbouiller à la Meuse qui passe tout près, l'eau est profonde.

La popote se trouve tout près dans la rue, dans la maison d'un curé, confortablement installés on se restaure. Piano au 1er. Ça bombarde, des " marmites " tombent dans Verdun. Dans une espèce de hall un rassemblement de cuisines roulantes fonctionnant, c'est curieux comme aspect et le va et vient incessant donne une idée de la défense opiniâtre et âprement soutenue du secteur de Verdun (143-15-342-40-77/em) .

18 août 1916

Avons touché vivres et réserves pour six jours. 1 bidon, deux litres d'eau, 1 bidon de vin, biscuits, chocolat.

Le bombardement vers le barrage continue.

Départ de Verdun à 4h du soir par une chaleur étouffante et chargés de musettes, on s'achemine vers la caserne St-Marceau (absolument détruite).

Par le chemin, on rencontre des batteries d'artillerie lourde avec à coté d'énormes obus.

On arrive à la voie de chemin de fer qui mène à Fleury et qui est morcelée par les obus. On arrive au PC du colonel qui se trouve au bord de la voie et je me mets en mesure de me chercher un abri.

Je trouve avec Pechberty un blockhaus à 2 issues et à 10 m sous terre. On est assourdis de 7 à 9h par un bombardement d'une violence inouïe.

On rentre dans le blockhaus et encore tout mouillés de la marche sur Verdun -cote 318 on se met en mesure de dormir ; mais les mitrailleurs coloniaux arrivent vers les 11h et font du bruit jusqu'à 3h du matin, heure de la relève.

Ils avaient attaqués la veille et repris entièrement Fleury et fait 230 prisonniers.

Peu de temps avant sa démobilisation en juin 1919, Adrien Ouvrier est appelé se présenter au Prix de Rome de Gravure Paris, sans résultat bien sûr. Il fut démobilisé en août 1919.